Faire vivre la culture cambodgienne par la cuisine, la transmission et le lien social

Ce projet est né d’une rencontre avec les membres de l’AKIV — Association Khmère d’Ille-et-Vilaine, à Rennes, autour d’une volonté commune : faire connaître et transmettre la culture cambodgienne à travers les récits, les savoir-faire et la cuisine.
Responsable du projet Culture-Cuisine, j’ai conçu et piloté des ateliers cuisine organisés chaque mois avec les membres de l’association.
Ces rendez-vous ont été pensés comme des temps de transmission et de rencontre, permettant aux participants de partager leurs recettes traditionnelles, leurs techniques culinaires et les souvenirs associés aux plats. Au-delà de la cuisine, les ateliers ont favorisé les échanges entre générations et la création de liens au sein de l’association.
Un projet qui s’est construit collectivement
Les ateliers ont progressivement donné naissance à plusieurs temps forts, dont un concours « Top Chef cambodgien », organisé autour de recettes traditionnelles et accompagné d’un jury professionnel.
Transmettre une culture, créer du lien
À travers ce projet, la cuisine est devenue un véritable support de mémoire, de transmission et de lien social.
Les recettes racontent une histoire : celle d’une culture, de familles et de parcours. Les ateliers ont permis de faire circuler ces savoirs entre les générations tout en créant des espaces de convivialité et de partage.
Un projet prolongé par un carnet
En parallèle des ateliers, j’ai souhaité garder une trace de ces rencontres à travers un travail de dessin et d’écriture.

« Conversations en cuisine avec les Cambodgiens » est ainsi devenu un carnet consacré à la culture cambodgienne, aux recettes transmises et aux récits recueillis au fil du projet.
Ce travail est aujourd’hui terminé. Il constitue la trace d’une démarche menée au sein de l’association et d’une expérience de projet mêlant coordination, création, transmission culturelle et lien social.
Ci-dessous quelques extraits :

Phay Vann s’active pour le plat de ce midi. Je la vois saisir des flacons, verser des sauces, couper de l’ail, casser des œufs… Tout cela sans mesurer quoique ce soit. C’est une cuisine instinctive, dans le ressenti.
Extrait du chapitre 1


Nous nous installons pour la réalisation de la pâte de curry khmère appelée au Cambodge « kroeung ». Cette pâte rentre dans la composition de nombreux plats : currys, plats sautés, soupes…Elle se compose de racines : curcuma, galanga, mais aussi d’ail et d’échalote, de citronnelle, et de feuilles de citron kaffir.
Extrait du chapitre 1



A l’entrée de la salle de prière, le sol est couvert de paires de chaussures. Les bonzes ne sont pas encore arrivés mais déjà des personnes déambulent, les mains jointes, en serrant des bâtons d’encens.
Extrait du chapitre 2 Pchum Ben, la fête des ancêtres





Sarun a réalisé la sauce d’accompagnement dont la base est un mélange de sucre, de sauce poisson, de vinaigre et d’eau, avec de l’ail et du gingembre.Quelque temps après, ils sont au moins cinq à débattre et à délibérer devant les trois litres de sauce. Ils réajustent le dosage plusieurs fois. Puis après moult discussions et dégustations, les cuillères sont posées et la sauce est prête. Sarun me dit avec assurance : « là, c’est la sauce qui convient à tout le monde ! ».
Extrait du chapitre 6 la crêpe cambodgienne

C’est le moment de confectionner la pâte à crêpe. On vide un à un les sacs de farine de riz dans un grand contenant en plastique. Pour ces grandes proportions, c’est une ancienne bassine de lessive qui fera office de saladier.
Extrait du chapitre 6 la crêpe cambodgienne






La foule compacte se serre autour de la grande table aménagée. Cahier à la main, je gravite dans le flot des aller venues. Les mains coupent, tranchent, épluchent. Les rires et les bribes de mots en khmer s’échappent et survolent l’espace culinaire. Les épluchures de pommes de terre et d’oignons s’entassent en monticules disparates sur la table. Plus rien ne m’étonne. Toute cette équipe mouvante et efficace travaille en harmonie. Phay Vann est aux commandes, d’une main de maître !
Extrait du chapitre 10 Curry de poulet à la cambodgienne


Il y a la fête ce soir, du monde chante, danse et rigole. Ça met de la joie dans les cœurs et ça augure plein de bons moments pour la suite. Car ce soir, nous avons composé nos trois équipes pour Top Chef pour le mois de juin, avec pour chacune un nom de région du Cambodge : Kampong Cham, Battambang et Siem Reap.
Extrait du chapitre 10 Curry de poulet à la cambodgienne

« les Cambodgiens vivent avec les morts. On prépare des plats pour les offrir aux morts. On vit avec nos ancêtres, on arrête pas de penser à eux, ils sont encore vivants. On fait des prières. On leur demande de l’aide quand on est malheureux, quand on a besoin de quelque chose »
Samkhon – Extrait du chapitre 11

« transmettre l’histoire des Khmers Rouges ne se fait pas forcément par la parole. Elle se fait notamment grâce aux cérémonies des fêtes des morts. En participant, par exemple en fabriquant des boulettes de riz, c’est une forme de transmission sans la parole pour parler du passé »
Anne Yvonne Guillou, anthropologue au CNRS – Extrait du chapitre 11

Samkhon me confie à voix basse « les bonzes ont reçu l’offrande et communiquent avec les ancêtres à qui on demande la paix, la richesse, la santé, quelque chose comme ça. Et les bonzes communiquent tout ça à l’au-delà. Tous les plats préparés sont des plats que les parents et grand-parents ont aimé. Ils espèrent que ces plats vont vers l’au-delà à l’endroit indiqué ». Silence complet.« C’est la dernière prière pour appeler les morts ». Je le sens. Toute la salle est remplie de ça.
Extrait du chapitre 12, le nouvel an cambodgien



Je vois dans cette salle les tours de main. Je sens la précision du geste, la maîtrise dans le mélange des ingrédients. Et surtout le petit quelque chose perceptible que certains détiennent, cette manière d’être en cuisinant.Certains « savent ».
Extrait du chapitre 13 Amok